La représentation en littérature : ma pierre à l’édifice

Il est un sujet que j’aborde peu ici, car il n’est pas, à mon sens, pertinent sur ce blog : le féminisme.
J’ai pris la pilule bleue il y a quelques années et plus ça va, plus je découvre l’envers d’un décor qui me déprime.
Les combats du féminisme sont nombreux, mais il en est un auquel je tiens tout particulièrement, car je sais pouvoir y apporter ma pierre de façon significative : la représentation.

Je parlerais dans cette article essentiellement de représentation de la femme, car j’en suis une et que ce sont les personnages que je maîtrise le mieux et que j’ai su le plus spontanément introduire.
Mais, à titre personnel, je m’efforce de ne pas oublier la représentation d’autres sexualités, de genres non binaires et d’autres ethnies. Même si c’est pour moi plus délicat à aborder, car je ne maîtrise pas forcément le sujet et j’ai toujours peur de faire plus de mal que de bien. Ils sont tout aussi importants.
Bref.

La représentation, pourquoi ?
Arrêtons-nous un instant sur la démographie des personnages de fiction. Le constat est simple.
Ils sont majoritairement de sexe masculin, cis, hétérosexuels, blancs, dans la trentaine. C’est un peu le modèle de base. C’est tellement le modèle de base que même moi, en tant que femme, quand j’ai commencé à écrire, c’était le personnage par défaut qui me venait à l’esprit.
C’est un modèle de base si ancré dans les esprit que j’ai déjà entendu des autrices me dire qu’elles ne savaient pas écrire des personnages féminins.
Des femmes.
Qui se sentent incapables d’écrire des femmes.
On marche sur la tête, non ?
Pourquoi pensent-elles cela ? Car elles ont grandi avec peu de modèles féminins littéraires et qu’on s’inspire, au final, plus de ce qu’on a lu ou vu que de ce qu’on a vécu ? Ou alors ont-elles tellement internalisé la misogynie qu’elles pensent qu’une femme est cette créature maquillée, manucurée, fragile et pépiante, inutile au possible et tout juste bonne à être sauvée et embrasser le héros ? Et que donc, elles sont une sorte de flocon de neige spécial, une femme pas comme les autres, une créature si exceptionnelle qu’on ne peut pas écrire un personnage qui leur ressemble, car les femmes ne sont pas comme ça, si ? « Moi, je ne suis pas comme les autres ». Elles se croient en devoir d’écrire le cliché de ce qu’est une femme.
Bref.
Au final, la littérature, c’est beaucoup d’hommes. Partout.
Des femmes ? Roh là là, vous êtes sûr ? Bon, ok, une, mais juste parce qu’il faut bien un love interest. Ou tuer quelqu’un pour motiver le héros.
Eh oui. Même chez les autrices on peut entendre cela.
Pas de femmes dans leurs romans, car leurs personnages étant homosexuels, nul besoin de love interest. Et leur contexte ne permet pas la présence de femmes. Un monde militaire avec des femmes ? En fantasy ? Impossible.
Il est étrange de voir comme les auteurs peuvent bloquer sur la nécessité de précision historique sur certains points et prennent des libertés effarantes sur d’autres.
A croire que la vraie raison de leur refus de mettre des femme serait autre…

Et ce problème n’est pas une question d’époque. On le retrouve persistant dans les œuvres récentes.
J’ai laissé tomber une série numérique il y a peu. Un post-apo où l’Europe a été contaminé par un virus de lycanthropie. Il y a plein de personnages dans ce roman. Et 2 femmes. L’une qui meurt pour motiver les héros. L’autre qui ne sert qu’à être incompétente et se retrouve écartée en un clin d’oeil. A croire que la lycanthropie tue les femmes…

Donc, pourquoi on a besoin de plus de femmes en littérature ?
Tout d’abord, parce qu’elle existent. Pourquoi ne le verrait-on pas dans la littérature ?
Ensuite, parce qu’on a besoin de modèles. Et que, zut, la moitié de la population est forcé de s’identifier avec des mâles et on trouve ça normal. Ça fait quel effet, sur les petites filles, de ne pas voir de femme dans leurs lectures, ou de les voir réduites au rôle de support ? Elles grandissent en pensant que ce n’est pas leur rôle d’être les héroïnes. Que leur seul objectif dans la vie est de trouver le bon et de le soutenir quoi qu’il arrive. Et qu’elles ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent. Non.
Les petits garçons aussi, d’ailleurs, en ont besoin. Cet article l’explique fort bien.
Enfin, pour changer. Tout simplement. On a des kilos-tonnes de héros masculins. Ami auteur débutant, tu veux être original, choisit un personnage principal qui ne soit pas le fameux homme cishet blanc de 30 ans, et bingo.

Du coup, comment j’agis à mon niveau ?
Très simplement.
Je mets des femmes.
Partout.
En fait, j’ai remplacé l’homme par défaut par une femme par défaut.
Et vous savez quoi ?
Ça ne change rien.
Du tout.
Ou presque.
Ça ne me demande même pas un effort particulier.
Car, surprise, les femmes sont avant tout des êtres humains, ni plus ni moins difficile à écrire. Tout
auteur qui pense le contraire se croit obligé d’écrire une caricature de femme.
Je mets des femmes, partout, et ça n’a pas changé ma vie d’auteur. Ça ne me demande pas un effort intellectuel surhumain. Pas plus que le reste du processus créatif en fait. Et je crois que mes personnages féminins sont rafraîchissant pour le lecteur, par la simple vertu de ne pas être un énième homme.
Et non, je ne mettrais pas plus d’hommes qu’il ne m’en parait nécessaire. Non, je n’infligerais pas de parité à mes écrits. Car, malheureusement, ma production féministe n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de mâles testostéroné.

C’est aussi simple que ça, apporter sa pierre à l’édifice de la représentation. Et c’est valable de la même façon en présentant des personnages transgenres, des vieux, des personnages non caucasiens ou à la sexualité (ou la non-sexualité) non hétéro.
Parce que, scoop, les lecteurs sont loin d’être tous des hommes. Et les autres aussi ont le droit de parfois tomber sur leur image. En fait, même ceux qui ne sont pas représentés seraient intéressés de voir autre chose.

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6 commentaires

  1. J'ai lu la série jusqu'à l'épisode 5. Puis j'ai été frappé par la réalisation de l'absence de femmes, aucunement justifié (genre, il n'y a même pas de louves garou quoi, même dans le décor o.O). J'ai été trop WTF sur l'absence totale de femmes pour lire la fin.
    Sur mon cycle, me souviens qu'on m'avait fait la remarque qu'étant dans un futur lointain, pourquoi mon équipage n'était-il pas plus divers ethniquement ? Et les alphas avaient totalement raison.
    Et oui, c'est super intéressant intellectuellement. Encore du processus créatif là où habituellement on en met moins. 🙂

    J'aime

  2. Salut Vestrit,
    J'aime bien ta remarque « les femmes sont avant tout des êtres humains ». Ben oui, dans le fond, homme ou femme, on cherche tous la même chose (être bien) et on peut tous éprouver toute la palette des émotions et désirs humains. La seule vraie chose qui change, c'est l'éducation reçue.
    Etant un homme, j'ai commencé par écrire une nouvelle avec… une femme ! Prénommée Alice et inspiré par le conte. Puis que des persos hommes, mais je compte bien revenir vers la femme, car j'ai envie d'explorer dans un roman ce que ça fait ^^
    A+

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